Management à la Française, passer du vice à la vertu

Quelle est la caractéristique la plus étonnante des grands managers français vus de l’étranger ? Ils sont tous du même format. Cette caractéristique s’est accentuée ces dernières années, l’enchaînement des crises explique une certaine peur du risque qui écarte les managers atypiques des responsabilités : c’est rassurant de travailler avec des gens qui nous ressemblent…

Les conseils d’administration sont des cercles homogènes et consanguins, où les intérêts individuels priment sur l’intérêt des entreprises, la cooptation est la règle, chacun joue à la barbichette, et le premier à rire se fait attendre. C’est ce que l’on appelle pudiquement la force des réseaux.

Cette situation perverse est peut-être notre meilleur chance ! Une idée est en train d’aboucher, largement reprise dans les derniers ouvrages : le salut viendra des filières industrielles : chasser en meute, développer des symbioses entre PME, ETI et grands groupes permettrait aux entreprises françaises de reconquérir les parts de marchés perdues. Mais ces nouveaux écosystèmes passent par un sens de la solidarité élargi à d’autres acteurs, et si les réseaux personnels était la clé de cet eldorado.

Imaginons un instant des clubs de dirigeants, issus au hasard de HEC, de polytechnique, des arts, impliqués dans les mêmes filières, et qui mobilisent la solidité de leur réseaux pour inventer de nouvelles relations entre leurs entreprises : l’association de malfaiteurs au service d’une juste cause : la conquête de marchés à l’export, et la compétitivité globale…

Les réseaux sont pervers s’ils servent des projets individuels, au service d’une cause collective ils pourraient devenir providentiels.

Le déclencheur d’une telle mutation tint sans doute à l’engagement des hommes, et donc à la loyauté à construire entre les hommes et les entreprises. Il s’agit donc de renoncer au dirigeant mercenaire, au service du seul actionnaire, et strictement centré sur sa réussite personnelle à court terme ; pour retrouver le capitaine d’industrie, attaché à son entreprise, loyal, et confiant dans la pérennité de son action. Il s’agit donc de reprendre le pouvoir trop exclusivement confié aux seuls actionnaires.

NB dans le dernier paragraphe je parle « des hommes », au sens large, quoique : les rares femmes en situation de responsabilité ne tombant pas dans les mêmes pièges que leurs homologues masculins.

Etienne BARBIER

À propos de Etienne BARBIER

Ingénieur ENSTA, j'ai commencé ma carrière chez DCN à Brest puis Pechiney. En 2003 je suis Directeur du Développement de Bretagne Ateliers, avant de m'orienter vers le conseil. Je dirige des projets chez Proconseil entre 2008 et 2012, Je fonde le projet "Les Interfaces" en 2012
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