La croissance en Europe : les problèmes d’échelle et le problème de la France.

La forte croissance intrinsèque, à la mode des trente glorieuses est heureusement achevée en Europe. La reconstruction y est terminée ce qui se manifeste par l’apparition de surcapacités industrielles (inversion de l’équilibre offre vs demande). La stimulation de la croissance par la demande nationale ne suffit pas à relancer l’activité industrielle, une part importante du delta de demande partant vers de la production importée, le solde étant épongé par les surcapacités installées et les gains de productivité. Dans un environnement sur-capacitaire, une relance Keynésienne a un effet limité sur la création d’emploi… Il devient donc nécessaire d’agir sur des périmètres plus larges : les échelles Européennes, et mondiales sont incontournables, l’effet de l’action, et donc le pouvoir sont transférés à ces niveaux de gouvernance.

Ces nouvelles échelles posent de nouveaux problèmes de répartition des richesses, la géographie économique est bouleversée, là où des équilibres s’étaient installés au niveau de la France, (management et R&D autour de Paris et de Lyon, production dans l’Est et le Nord, vacances à l’ouest, retraite dans le sud…) ils sont en train de s’établir au niveau Européen, en installant parallèlement les flux financiers correspondant, ce qui se manifeste par un déficit des comptes publics des états du Sud ; ces déficits étaient compensés à l’échelle nationale par différents mécanismes de solidarité (retraite, chômage etc.). Le modèle européen n’intègre pas cette possible évolution : la spécialisation régionale suppose en effet des transferts financiers à l’échelle du sous-continent, que le marché ne peut pas organiser seul. Les Etats-Unis y parviennent mieux avec une logique beaucoup plus intégrée entre les états, ce qui représente un avenir possible avec une Europe fédérale.

Mais ce changement d’échelle (des états vers la Communauté Européenne), et la spécialisation régionale n’explique pas la chute brutale de l’industrie en France. Etant donnée sa situation géographique au croisement des différents axes logistiques, et des conditions de bases favorables, éducation, densité des réseaux de transport, modération du coût de l’énergie etc. la France devrait être une des premières, voire la première région industrielle d’Europe. Ce qui est d’ailleurs le cas dans un certain nombre d’industries (aéronautique, ferroviaire, luxe), mais qui ne se généralise pas à l’ensemble des filières industrielles. La France est le territoire où il y a le plus de champions mondiaux, mais où le tissu industriel s’affaiblit le plus vite…

Etienne BARBIER

À propos de Etienne BARBIER

Ingénieur ENSTA, j'ai commencé ma carrière chez DCN à Brest puis Pechiney. En 2003 je suis Directeur du Développement de Bretagne Ateliers, avant de m'orienter vers le conseil. Je dirige des projets chez Proconseil entre 2008 et 2012, Je fonde le projet "Les Interfaces" en 2012
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