Création de valeur et pérennité des entreprises, les injonctions incompatibles

Car la compétitivité n’est pas le principal objectif poursuivi par les directions d’entreprises, la pression exercée par les « actionnaires », transfère la priorité vers la création de valeur, principe financier sanctionné d’une part par l’évolution du cours de bourse, d’autre part par le versement de dividendes. Ce concept est apparu dans les années 90, et a fait l’objet d’un déploiement culturel intensif, permettant de mettre en œuvre un certain nombre d’orientations pour le moins dangereuses en regard de la compétitivité. Le terme à la mode était alors le recentrage sur le cœur de métier, avec une option fondatrice qui concernait le potentiel de création de valeur représenté par les pays à bas coût de main d’œuvre…

C’est au cours de cette période qu’on a vu fleurir l’idée de firme sans usine avec l’exemple paroxystique d’Enron… Cette idée a fini par atteindre jusqu’aux principales entreprises industrielles occidentales qui se sont rêvées recentrées sur les process à forte valeur ajoutée : le marketing et la R&D, transférant en Europe de l’est, au Maghreb, puis en Asie le soin de réaliser leur production.

L’objectif permanent poursuivi par les marchés financiers est d’améliorer la prédictibilité de la rentabilité des entreprises, lisibilité des activités, simplicité des opérations, puis recherche de la productivité dans toutes les étapes des processus. Avec le concours gracieux de la normalisation via la vision par processus des organisations (QS9000 et ISO 9000 V 2000), et des nouveaux principes de management issus des méthodes développées pour la production automobile.

Les entreprises se sont pliées à cet objectif de recentrage sur un cœur de métier, compréhensible par des investisseurs de plus en plus loin de la connaissance intime des entreprises qu’ils sont sensés soutenir financièrement. Sous le masque de l’investisseur, ce sont les spéculateurs qui ont pris le pouvoir dans les entreprises.

Etienne BARBIER

À propos de Etienne BARBIER

Ingénieur ENSTA, j'ai commencé ma carrière chez DCN à Brest puis Pechiney. En 2003 je suis Directeur du Développement de Bretagne Ateliers, avant de m'orienter vers le conseil. Je dirige des projets chez Proconseil entre 2008 et 2012, Je fonde le projet "Les Interfaces" en 2012
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